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Des Terres pour paysage intérieur

Quand j’ai quitté ma terre, j’ai emmené avec moi, une langue, des paysages, des formes et des visages, chers et précieux. Sur mes grands et petits papiers, apparaissent les matières de ma mémoire. Je viens d’ailleurs, proche du désert, proche de la pierre, minérale et sèche. Quand, jeune adulte, j’ai rejoint l’Europe, je ne me suis pas arrêtée. J’ai arpenté, La France, l’Espagne, Les Canaries. Le mouvement était un choix de vie. Inconfortable, précaire et source intarissable de découvertes. Puis, je me suis posée pour deux aventures fondamentales, être mère et être artiste. Ainsi depuis 25 ans, mon parcours d’artiste est en mouvements, comme une traversée de territoires liés et différents. Mes séries sont des espaces où j’élis domicile quelques temps, dont j’’explore, le vivant, le paysage, la matière, l’imaginaire. Et vous les livre. 

Sophie marche sur du papier - Série nomade
Emmanuelle D.  2017 

Comme un flux marin, le voyage, le nomadisme qui l’ont toujours habitée reviennent, comme une écume qui se redépose et irradie son œuvre actuelle. Ces dernières années, Sophie vivant dans un écrin de nature, a beaucoup marché, arpentant les chemins, les champs, les sous-bois qui l’entourent. Elle a beaucoup observé, ressenti, intériorisé, le mouvement incessant de la nature. L’empreinte des saisons, des climats.
De ces marches affleurent la légèreté de la feuille, les silhouettes étranges des arbres, les creux minéraux des chemins. Sur ces papiers, Sophie nous restitue ses sensations. Il n’y a plus de personnages, plus d’animaux, il y a notre histoire que nous glissons dans ses interstices.
Elle nous laisse de l’espace. Le support est léger, les grands formats se plient, les craies, les crayons se glissent dans une trousse.
Ce dénuement exalte sa créativité. Ce peu créé du sens. Sophie dessine. Elle sent, son corps, ses gestes plus engagés.
Faire avec la simplicité du papier et la sobriété des tonalités chromatiques permet de provoquer une nouvelle relation de formes et de matières. Sophie sait où elle va, connait sa destination. Cependant, elle découvre aussi, des alcôves, des trouées, des cailloux inattendus sur le chemin.
A l’intérieur, des formes ovales, des voiles, des pierres qu’on dirait ponces, des arbres qui s’effilochent, des lignes d’équilibristes,
nous nous surprenons à avoir envie d’entrer dans son image, s’adosser à un trait, et devenir sa fantaisie.

2013, Didier Wolinski
Série "Grand espaces, océans, rêves ou illusions"

"...Regarder une toile de Sophie Cohen-Scali, 

C’est partir en promenade dans un jardin d’enfant et se rappeler les bruits, les cris et les odeurs d’antan. 

C’est se reconnecter avec notre imaginaire et ouvrir les écluses de nos retenues pour laisser couler le flux de nos eaux intérieures vers les terres oubliées de notre enfance. 

C’est accepter la violence d’un silence dans une étendue peuplée de solitude. 

C’est plonger dans un univers de coton où le temps semble être ailleurs. C’est se dire que l’on n’est pas seul à se dire que l’on n’est pas seul. 

C’est se baigner sous la cascade d’eau fraîche d’un torrent de montagne. 

On ne peut rester insensible à la peinture de Sophie Cohen-Scali parce qu’elle porte en elle la fleur qui deviendra fruit et l’enfant qui sera Homme et femme.

Son monde est peuplé de lutins, génies, farfadets et gnomes, petites créatures légendaires et serviables qui détiennent des trésors et prennent parfois nos allures et nos attitudes, histoire de nous rappeler que nous venons tous de la Terre d’avant les villes et peut-être même du monde souterrain qu’ils habitent encore aujourd’hui. 

Sa peinture nous rappelle ce que nous avons été pour être ce que nous sommes ; en cela, elle nous permet la transmutation et nous ouvre le chemin du Grand oeuvre pour nous révéler à nous-mêmes au travers d’un long cheminement initiatique qui permet d’accéder à notre vérité. Sophie Cohen-Scali est un révélateur de nos vies

intérieures. 

Elle explore les profondeurs de l’âme humaine et utilise son imaginaire et sa brosse pour donner matière à l’invisible. 

Elle est inclassable et ne peut appartenir à aucune école de peinture...

Ecouter la 1ère gymnopédie d’Erik Satie devant une toile de Sophie Cohen-Scali, c’est conjuguer sérénité et plénitude.  

2011, Jean François Cournot
Monogravures et peinture sur papiers marouflés sur toiles 2008-2010

Soyons prudents. Approchons l'animal à pas feutrés, contre le vent. Nous avons le sentiment très net, l'intime conviction, que, sous la grâce, la fragilité apparente, la douceur palpable, derrière la délicatesse à fleur de peau de ses toiles, Sophie essaie, avec une exquise pudeur,

de nous laisser entrevoir une foule de sentiments, d'impressions, de souvenirs, qu'il nous appartient de découvrir,

comme bon nous semble, et si l'envie nous en dit.

La peinture de Sophie est beaucoup moins légère qu'il n'y paraît. Sa fantaisie poétique, masque de dentelle, n'est que le paquet-cadeau, doré et enrubanné, qui enrobe le fond des choses, le fond de sa mémoire, les traces de sa vie. Alors, le bonheur qui émane de ses personnages, tous un peu déglingués sur les bords, est-il juste là pour nous faire rêver, ou veut-elle nous signifier autre chose, comme un contraste discret ?

Et les déchirures peintes au bord de certaines toiles sont-elles seulement une façon de raconter une histoire page par page, ou bien marquent-elles une rupture, une sorte de fêlure ? Légèreté diaphane ou lumineuse profondeur ? Sourire complice ou sanglot retenu ? C'est vous qui décidez.

Vous êtes, nous sommes tous, libres de voir, de regarder, de ressentir ce que nous voulons, comme nous le voulons.

Mais attention au mirage. La peinture de Sophie Cohen-Scali a plusieurs étages. Et sa beauté intérieure est à l'image de ses yeux rieurs.

Séduisante mais énigmatique, passionnante mais insondable. Les tableaux de Sophie sont comme des offrandes, des hommages, timidement déposés devant votre porte. Et ces présents sont inestimables.  Gardez ça pour vous.